lundi 7 décembre 2015

Pleurs des chevaux sur la mort de Patrocle / ἄρχισαν τ᾿ ἄλογα νὰ κλαῖνε τοῦ Ἀχιλλέως




« Rien ne mérite plus les gémissements que les hommes,                                             
parmi tous les êtres vivant et marchant sur la terre. »
   Homère, Iliade *



 
Les chevaux d'Achille

Quand ils virent tuer Patrocle,
lui si courageux, si fort et si jeune,
les chevaux d'Achille se mirent à pleurer ;
leur nature immortelle s'insurgeait d’avoir
à contempler cette œuvre de la mort.
Ils secouaient leurs têtes, agitaient leurs longues crinières,
frappaient la terre du sabot et se lamentaient
sur Patrocle, qu'ils découvraient inerte – massacré –
chair sans nom désormais – sa conscience évanouie -
sans défense –  expiré –
renvoyé au grand Rien par la vie.

Des immortels chevaux Zeus aperçut
les larmes et s'en affligea. « Aux noces de Pélée »,
dit-il, « je n'aurais pas dû agir ainsi à la légère.
Mieux eût valu ne pas vous donner, ah mes pauvres
chevaux ! Que pensiez-vous trouver là-bas,
dans cette humanité vulgaire, qui n’est que le jouet du destin.
Vous que ne guettent ni la mort ni la vieillesse,
des malheurs passagers vous affectent. Aux misères des hommes,
vous vous êtes laissé prendre. » –  Cependant,
devant cet éternel désastre de la mort,
les deux nobles animaux versaient des larmes.

   Constantin Cavafis, Les chevaux d'Achille (1897), in En attendant les barbares et autres poèmes, trad. D. Grandmont. Poésie/Gallimard p.50




  Τὰ ἄλογα τοῦ Ἀχιλλέως                              


Τὸν Πάτροκλο σὰν εἶδαν σκοτωμένο,
ποὺ ἦταν τόσο ἀνδρεῖος, καὶ δυνατός, καὶ νέος,
ἄρχισαν τ᾿ ἄλογα νὰ κλαῖνε τοῦ Ἀχιλλέως·
ἡ φύσις των ἡ ἀθάνατη ἀγανακτοῦσε
γιὰ τοῦ θανάτου αὐτὸ τὸ ἔργον ποὺ θωροῦσε.
Τίναζαν τὰ κεφάλια των καὶ τὲς μακρυὲς χαῖτες κουνοῦσαν,
τὴν γῆ χτυποῦσαν μὲ τὰ πόδια, καὶ θρηνοῦσαν
τὸν Πάτροκλο ποὺ ἐνοιώθανε ἄψυχο –ἀφανισμένο–
μιὰ σάρκα τώρα ποταπὴ –τὸ πνεῦμα του χαμένο–
ἀνυπεράσπιστο –χωρὶς πνοὴ–
εἰς τὸ μεγάλο Τίποτε ἐπιστραμένο ἀπ᾿ τὴν ζωή.

Τὰ δάκρυα εἶδε ὁ Ζεὺς τῶν ἀθανάτων
ἀλόγων καὶ λυπήθη. «Στοῦ Πηλέως τὸν γάμο»
εἶπε «δὲν ἔπρεπ᾿ ἔτσι ἄσκεπτα νὰ κάμω·
καλλίτερα νὰ μὴν σᾶς δίναμε, ἄλογά μου
δυστυχισμένα! Τί γυρεύατ᾿ ἐκεῖ χάμου
στὴν ἄθλια ἀνθρωπότητα ποὖναι τὸ παίγνιον τῆς μοίρας.
Σεῖς ποὺ οὐδὲ ὁ θάνατος φυλάγει, οὐδὲ τὸ γῆρας
πρόσκαιρες συμφορὲς σᾶς τυραννοῦν. Στὰ βάσανά των
σᾶς ἔμπλεξαν οἱ ἄνθρωποι.» – Ὅμως τὰ δάκρυά των
γιὰ τοῦ θανάτου τὴν παντοτινὴ
τὴν συμφορὰν ἐχύνανε τὰ δυὸ τὰ ζῶα τὰ εὐγενῆ.

     K.Π.Kαβάφης, ποιήματα, 1897 

  • La Paix.  Melina Mercouri dit un poème de Yannis Ritsos




Liens
   ¤   site du poème de Constantin Cavafis en grec : http://www.kavafis.gr/poems/content.asp?id=5&cat=1
   ¤   article relatif au poète : https://fr.wikipedia.org/wiki/Constantin_Cavafy
   ¤   Yannis Ritsos : https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A1nnis_R%C3%ADtsos 
   ¤   Melina Mercouri : https://fr.wikipedia.org/wiki/Melina_Mercouri 
 


   *   Iliade, chant 17, v.446-447, trad. Philippe Brunet, Seuil, p.376
   Photo 1 : sculpture d'une pleureuse sur la façade du Nouvel Hôtel de Ville  de Prague (Nová radnice, Mariánské námesti, 1908-1911) exécutée par l'un des sculpteurs suivants: Stanislav Sucharda, Josef Maratka ou Ladislav Saloun. Voir en ligne : http://www.la-belle-epoque.de/praha/prahasmf.htm



2 commentaires:

  1. Voilà un billet richement orné, suscitant de profondes méditations.

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  2. Ça fait du bien, ces tendres paroles de paix, et la voix de Mélina Mercouri

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