J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, /
Ce silence et cette langueur, /
Et cette confidence horrible chuchotée /
Au confessionnal du cœur. /
Charles Baudelaire. Confession
Mon cheval à roulettes noir et blanc pommelé galope encore sur la terrasse de l'enfance et les frêles bateaux de papier dansent vers le bassin de l'Esplanade par les étroits canaux de la fontaine canyons géants du Colorado
la cadence des roulettes accompagne les voix profondes du violoncelle de ma mère inaltérées pour toujours seul j'ai vieilli mais demeure l'enfant comme la mer soupire sur le sable du temps
Frédéric Jacques Temple, poème extrait de Périples, in La Chasse infinie et autres poèmes, Poésie/Gallimard (2019), p.254
[…]
Il y a et il y reste et il revient toujours par moments en pleine vie
artistique la nostalgie de la vraie vie idéale et pas réalisable.
Et on manque parfois de désir de s’y rejeter
en plein dans l’art et de se refaire pour cela. On se sait cheval de fiacre, et
on sait que ce sera encore au même fiacre qu’on va s’atteler. Et alors on n’en
a pas envie, et on préférerait vivre dans une prairie avec un soleil, une
rivière, la compagnie d’autres chevaux également libres, et l’acte de la
génération. Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo,
trad. L. Roëdlant. L’Imaginaire/Gallimard, p. 367
Quand il m’arrivait
d’apercevoir le reflet de mon personnage dans un lac ou une fontaine, je
détournais la face avec horreur, et avec de la haine pour moi-même. Je
supportais plus facilement la vue d’un Yahoo * ordinaire que la mienne propre. A
force de vivre avec les Houyhnhnms **, et de les contempler avec ravissement, je
me mis à imiter leur démarche et leurs gestes, ce qui est devenu maintenant une
habitude chez moi. Mes amis me disent sans ménagement que je trotte comme un
cheval, mais je prends la remarque comme un grand compliment. Je ne puis
également que me reconnaître une certaine tendance, en parlant, à prendre la
voix et l’accent des Houyhnhnms ; pourtant je ne suis blessé d’aucune
manière si l’on me moque à ce sujet.
Jonathan
Swift, Voyages de Gulliver, in Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade p.289
When I happened to behold the reflection of
my own form in a lake or fountain, I turned away my face in horror and
detestation of myself, and could better endure the sight of a common Yahoo than
of my own person. By conversing with the Houyhnhnms, and looking upon them with
delight, I fell to imitate their gait and gesture, which is now grown into a
habit; and my friends often tell me, in a blunt way, “that I trot like a
horse;” which, however, I take for a great compliment.Neither shall I disown, that in speaking I am
apt to fall into the voice and manner of the Houyhnhnms, and hear myself
ridiculed on that account, without the least mortification.
Jonathan Swift, Gulliver’s Travels, Chap. X
Let's ride Wild horseswith The Rolling Stones
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Notes :
* Yahoos : humains dégénérés d’une
grande saleté et aux coutumes répugnantes
** Houyhnhnm : race de chevaux dont Gulliver préfère la
compagnie à celle des Yahoos