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samedi 9 juillet 2016

Faut-il lire les journaux ?

  

"La lecture des journaux fait plus de mal que
le vin, le tabac et les femmes réunis."
  Georges Perros 1                                     











                                                                                                                          

                                                                                                                                                  




      


















                                        ÉCHEC                                                                                            
 Vieux journaux jetés dans la cour. Toujours les mêmes          
    rengaines
malversations, crimes, guerres. Que lire?
Le soir rouillé tombe. Lumières jaunes.
Et eux, qui avaient cru jadis en l'éternité, ont vieilli.
De la chambre voisine s'échappe la vapeur du silence. Les    
    escargots
grimpent sur le mur. Les cafards se dandinent
dans les boites de biscuits en fer.
On entend le bourdonnement du vide. Et une grande 
    main difforme
scelle la noble et triste bouche de Celui
qui s'est évertué une fois de plus à proférer
    le mot  f l e u r .
                                      Karlovassi, 4.VII. 87  .Yannis Ritsos,[2



Le Procès Zola à Versailles - Départ de Zola

    « […] Les journaux, dit le prince, sont, durant des semaines et des semaines, ma seule distraction, je ne vis, durant des semaines, que par journaux interposés. J’entre dans les journaux, j’entre dans le monde. Si l’on me privait d’un jour à l’autre de mes journaux, je cesserais d’exister, dit-il. Pas de meilleur air que l’air des journaux, me dis-je souvent. Dans l’air de la montagne, dans l’air de la haute montagne, docteur, c’est encore l’air des journaux que j’inhale le plus volontiers. En proie à l’obsession des journaux, je perds des semaines durant le contrôle de Hochgobernitz. Lire les journaux comme des contes familiers, dit le prince, c’est souvent pour moi la seule possibilité d’exister ici.»    

  Thomas Bernhard, Perturbation, trad. B. Kreiss, L’Imaginaire Gallimard, p.179-180 [3]                                 





Notes:
   1. Georges Perros, Papiers collés 1, L’Imaginaire/Gallimard, p.114
   2. Échec, poème de  Yannis Ritsos, in Tard, bien tard dans la nuit, trad.G. Pierrat & M.-L. Coulmin Koutsftis, éd. Le Temps des Cerises, p.30-31
   3  Thomas Bernhard, Verstörung, 1967; trad. française, 1989.

Illustration :
   ¤ "Le Petit Journal" du dimanche 31 juillet 1898, n°402, couverture (photo personnelle) 

Liens :
   ¤ "Le Petit Journal", historique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Journal_(quotidien)



 

mardi 29 septembre 2015

A la chasse avec Pascal, Alain, Thomas Bernhard et ... Les Inconnus. Fantaisie philosophico-humoristique.



Poutre sculptée. Dijon, rue Verrerie.



   « Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux et  ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit »                                                                      
   Blaise Pascal, Pensées, Section I. Papiers classés. VIII Divertissement, Lafuma 136





  


   « Il y a deux expériences, l’une qui alourdit et l’autre qui allège. Comme il y a le chasseur gai et le chasseur triste. Le chasseur triste manque le lièvre et dit : « Voilà bien ma chance », et bientôt : « Ces choses-là n’arrivent qu’à moi. » Le chasseur gai admire la ruse du lièvre ; car il sait bien qu’il n’est pas dans la vocation du lièvre de courir à la casserole. Les proverbes sont pleins de cette virile sagesse et il y a bien de la profondeur dans ce que ma grand’mère disait des alouettes qui ne tombent point toutes rôties.»
   Alain, Propos sur le bonheur, XXVI Hercule, 7 novembre 1922. Gallimard, coll. Idées n°8, p.70


& & &


    [...] " je me suis immobilisé encore une fois devant les cercueils, mais avec la seule pensée que les chasseurs sont des gens répugnants, les plus répugnants qui soient, que je ne supporte plus la vue de leurs uniformes, que j'abhorre leurs figures et que leurs physionomies m'ont rebuté depuis toujours, et tout à coup j'ai eu peur de la journée qui s’annonçait."
   Thomas Bernhard, Extinction. Un effondrement, trad. Gilberte Lambrichs, L'Imaginaire Gallimard p.463

. . .  /  . . .

   " Ce jour-là, j'ai dit à Gambetti que l'art d'exagérer est, à mon sens, un art de surmonter, de surmonter l'existence, ai-je dit à Gambetti. "
    ibid. p.479

 


   [...] " habe ich noch einmal vor den Särgen Aufstellung genommen, dabei aber nur gedacht, daß die Jäger widerliche Leute sind, die widerlichsten überhaupt, daß ich den Anblick ihrer Uniformen nicht mehr aushalte, daß ich ihre Gesichter verabscheue und daßmir ihre Physiognomien immer schon widerwärtig gewesen sind, und ich habe auf einmal Angst gehabt vor dem kommenden Tag."
   Thomas Bernhard, Auslöschung. Ein Zerfall. Suhrkamp, S. 591

   "Damals habe ich zu Gambetti gesagt, daß die Kunst der Übertreibung sei, der Existenzüberbrückung in meinen Sinn, habe ich zu Gambeti gesagt."
   ibid. S. 611-612


Liens :
   ¤  Alain sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_%28philosophe%29
   ¤  Alain, Propos sur le bonheur :  http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/propos_sur_le_bonheur/alain_propos_bonheur.pdf
   ¤ Les Inconnus sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Inconnus