Tout en haut des murs immobiles
un carré de bleu distraitement
nous boit —
Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.42
J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, / Ce silence et cette langueur, / Et cette confidence horrible chuchotée / Au confessionnal du cœur. / Charles Baudelaire. Confession
PRINTEMPS
Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule
C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid
Notre printemps est un printemps qui a raison.
Paul Eluard, Phénix, in Je voudrais tant que tu te souviennes. Poèmes mis en chansons de Ruteboeuf à Boris Vian, Poésie/Gallimard, p.173.
Chanson, Barbara.
https://youtu.be/Tp9qHgTlH4Y?si=OIQBPHyenszzfzTS
(pour écoute, faire : "ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre")
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le silence des murs la pudeur du mot rose
chuchotements d’odeurs au fond des années
et la mer pieds nus dans les chambres désertes —
mes yeux sont pris encore dans la nuit
mais j’entends déjà le jour que pétrit
dans sa gorge la fauvette orphée —
Lorand Gaspar, La maison près de la mer, in Patmos et autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.66
Elle n’avait pas remarqué la montagne jusque là. Si vraiment elle avait été impressionnée par la photographie intitulée « Premier poudrage sur le mont Fuji », elle aurait dû être la première, dans ce train qui se dirigeait vers la station balnéaire d’Itô, à scruter la montagne.
Le train avait dépassé la gare d’Ôiso
Sans doute Utako avait-elle observé le mont Fuji quand Jirô lui avait signalé les nuages sur la montagne, et s’était-elle ensuite souvenue du cliché dans le journal du matin. La plupart des lecteurs n’avaient aucune raison d’examiner si attentivement cette photographie qui montrait la première neige sur le mont Fuji.
Si vraiment, comme le prétendait Utako, les nuages sur le Fuji « avaient la même forme hier qu’aujourd’hui », Jirô aurait ressenti une sorte de frayeur devant la puissance de la nature.
Peut-être ce matin, Utako avait-elle été saisie par cette image de la première neige sur le mont Fuji, mais il était tout à fait normal qu’elle l’oublie, une fois montée dans le train.
Ce même matin, elle savait qu’elle prendrait avec Jirô le train pour Odawara : elle aurait pu se souvenir exprès de cette photographie pour pouvoir évoquer cette première neige au moment où le mont Fuji se dresserait devant eux, mais elle n’avait probablement plus assez de force pour cela.
Yasunari Kawabata, Première neige sur le mont Fuji et autres nouvelles, trad.du japonais par Cécile Sakai, Le Livre de Poche biblio, p.11-12