dimanche 15 mars 2026

 l'Inconnu le mystérieux

 

 
 
 pour certains, l'Inconnu n'était pas un vrai nègre, il était arrivé au village sans dire d'où il venait ni où il allait, je ne me rappelle plus qui disait que ce truc dont il était si fier était un téléphone portable, au village on n'avait jamais vu un tel objet, et par-dessus le marché, affirmait le naïf, on peut parler au monde entier avec ... très peu de temps après son arrivée, informés Dieu seul sait comment de l'existence de cet appareil, certains villageois, je dis certains parce qu'il n'est pas donné à tout le monde d'avoir quelqu'un à appeler, allèrent le voir pour lui demander de passer un coup de fil ... mes parents faisaient partie de ceux qui n'appelaient jamais, pour la simple et bonne raison qu'ils n'avaient personne à appeler, pour ne rien te cacher, ils s'en fichaient, ce qui est utile pour certains ne l'est pas forcément pour d'autres, ça va de soi, un téléphone portable dans ce trou perdu où l'on plaçait encore les mains autour de la bouche pour se parler à distance ç'aurait été pas mal, mais sans le signal réseau ça valait pas un pet, c'était stupide, aussi stupide qu'emmener un coq mort à la gaguère pour un combat ...

 Makenzy Orcel, L'Ombre animale, Zulma,(2016), p.187-188

 

  Note :
  ¤ Sur l'écrivain haïtien Makenzy Orcel :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Makenzy_Orcel
   
 


[1] Ce texte reproduit fidèlement un paragraphe complet du chapitre mentionné en en respectant de bout en bout la typographie et la ponctuation.

 

samedi 7 mars 2026

                                ph. Prague, 2013.©MP

 

Tout en haut des murs immobiles

un carré de bleu distraitement

nous boit — 

Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.42 


mardi 3 mars 2026

                                                                                                ph. Avon, 2020.©MP
 

PRINTEMPS

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

Paul Eluard, Phénix, in Je voudrais tant que tu te souviennes. Poèmes mis en chansons de Ruteboeuf à Boris Vian, Poésie/Gallimard, p.173.

 

 
                                                                     ph. Avon, 2025.©MP

                                Chanson, Barbara. 

                    https://youtu.be/Tp9qHgTlH4Y?si=OIQBPHyenszzfzTS

                     (pour écoute, faire : "ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre")

 

 


 

 

 

samedi 28 février 2026

                                                                     ph. Avon, 2020 ©MP
 

8

le silence des murs la pudeur du mot rose

chuchotements d’odeurs au fond des années

et la mer pieds nus dans les chambres désertes —

 

mes yeux sont pris encore dans la nuit

mais j’entends déjà le jour que pétrit

dans sa gorge la fauvette orphée —

 

                                      Lorand Gaspar, La maison près de la mer, in Patmos et autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.66

mercredi 11 février 2026

 
ph. Paris, 2023.©MP
 
 

   Elle n’avait pas remarqué la montagne jusque là. Si vraiment elle avait été impressionnée par la photographie intitulée « Premier poudrage sur le mont Fuji », elle aurait dû être la première, dans ce train qui se dirigeait vers la station balnéaire d’Itô, à scruter la montagne.                     

   Le train avait dépassé la gare d’Ôiso

   Sans doute Utako avait-elle observé le mont Fuji quand Jirô lui avait signalé  les nuages sur la montagne, et s’était-elle ensuite souvenue du cliché dans le journal du matin. La plupart des lecteurs n’avaient aucune raison d’examiner si attentivement cette photographie qui montrait la première neige sur le mont Fuji.

   Si vraiment, comme le prétendait Utako, les nuages sur le Fuji « avaient la même forme hier qu’aujourd’hui », Jirô aurait ressenti une sorte de frayeur devant la puissance de la nature.

   Peut-être ce matin, Utako avait-elle été saisie par cette image de la première neige sur le  mont Fuji, mais il était tout à fait normal qu’elle l’oublie, une fois montée dans le train.

   Ce même matin, elle savait qu’elle prendrait avec Jirô le train pour Odawara : elle aurait pu se souvenir exprès de cette photographie pour pouvoir évoquer cette première neige au moment où le mont Fuji se dresserait devant eux, mais elle n’avait probablement plus assez de force pour cela.

Yasunari Kawabata, Première neige sur le mont Fuji et autres nouvelles, trad.du japonais par Cécile Sakai, Le Livre de Poche biblio, p.11-12