mardi 3 mars 2026

                                                                                                ph. Avon, 2020.©MP
 

PRINTEMPS

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

Paul Eluard, Phénix, in Je voudrais tant que tu te souviennes. Poèmes mis en chansons de Ruteboeuf à Boris Vian, Poésie/Gallimard, p.173.

 

 
                                                                     ph. Avon, 2025.©MP

                                Chanson, Barbara. 

                    https://youtu.be/Tp9qHgTlH4Y?si=OIQBPHyenszzfzTS

                     (pour écoute, faire : "ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre")

 

 


 

 

 

samedi 28 février 2026

                                                                     ph. Avon, 2020 ©MP
 

8

le silence des murs la pudeur du mot rose

chuchotements d’odeurs au fond des années

et la mer pieds nus dans les chambres désertes —

 

mes yeux sont pris encore dans la nuit

mais j’entends déjà le jour que pétrit

dans sa gorge la fauvette orphée —

 

                                      Lorand Gaspar, La maison près de la mer, in Patmos et autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.66

mercredi 11 février 2026

 
ph. Paris, 2023.©MP
 
 

   Elle n’avait pas remarqué la montagne jusque là. Si vraiment elle avait été impressionnée par la photographie intitulée « Premier poudrage sur le mont Fuji », elle aurait dû être la première, dans ce train qui se dirigeait vers la station balnéaire d’Itô, à scruter la montagne.                     

   Le train avait dépassé la gare d’Ôiso

   Sans doute Utako avait-elle observé le mont Fuji quand Jirô lui avait signalé  les nuages sur la montagne, et s’était-elle ensuite souvenue du cliché dans le journal du matin. La plupart des lecteurs n’avaient aucune raison d’examiner si attentivement cette photographie qui montrait la première neige sur le mont Fuji.

   Si vraiment, comme le prétendait Utako, les nuages sur le Fuji « avaient la même forme hier qu’aujourd’hui », Jirô aurait ressenti une sorte de frayeur devant la puissance de la nature.

   Peut-être ce matin, Utako avait-elle été saisie par cette image de la première neige sur le  mont Fuji, mais il était tout à fait normal qu’elle l’oublie, une fois montée dans le train.

   Ce même matin, elle savait qu’elle prendrait avec Jirô le train pour Odawara : elle aurait pu se souvenir exprès de cette photographie pour pouvoir évoquer cette première neige au moment où le mont Fuji se dresserait devant eux, mais elle n’avait probablement plus assez de force pour cela.

Yasunari Kawabata, Première neige sur le mont Fuji et autres nouvelles, trad.du japonais par Cécile Sakai, Le Livre de Poche biblio, p.11-12

 

dimanche 1 février 2026



 


Ph. Londres, 2010.©MP

LES ETOILES sont parties,

le ciel en monocle

inspecte le monde-dessous.

 

Les étoiles sont parties,

et moi — où suis-je ?

 

Etirez-vous, étirez-vous, ô antennes,

pour saisir cette heure,

 

comblant chaque moment d’une

monodie cassée.

 

 

THE STARS have departed,

the sky in monocle

surveys the worldunder.

 

The stars have departed,

and I — where  am I ?

 

Strech, strech, O antennae,

to clutch at this hour,

 

fulfilling each moment in a

broken monody.

 

 

Christopher Okigbo, Labyrinthes, éd. bilingue, traduit de l’anglais (Nigéria) par Christiane Fioupou, intro. Chimamanda Ngozi Adichie, Poésie/Gallimard, 1925, p.80-81