J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, /
Ce silence et cette langueur, /
Et cette confidence horrible chuchotée /
Au confessionnal du cœur. /
Charles Baudelaire. Confession
" Mais l'idée du nid, dans l'oiseau, comment y vient-elle ? " Joubert (1800) *
A xxx
Elle. Rêvé pour l’hiver.
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace, Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée, Te courra par le cou…
Et tu me diras : « Cherche ! », en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête – Qui voyage beaucoup… Arthur
Rimbaud
En wagon, le 7 octobre 1870
Arthur Rimbaud, "Poésies complètes", Le Livre de Poche n°9635, p.136
Tantalized
L’aile
où je suis donnant juste sur une gare,
J’entends
de nuit (mes nuits sont blanches) la bagarre
Des
machines qu’on chauffe et des trains ajustés,
Et
vraiment c’est des bruits de nids répercutés
À
des dieux de fonte et de verre et gras de houille.
Vous
n’imaginez pas comme cela gazouille
Et
comme l’on dirait des efforts d’oiselets
Vers
des vols tout prochains à des cieux violets
Encore
et que le point du jour éclaire à peine.
Ô
ces wagons qui vont dévaler dans la plaine !
Paul Verlaine,
Parallèlement, in « Jadis et Naguère - Parallèlement », Livre de
Poche n° 1154 p.171
Léo Ferré, né il y a 100 ans, chante Rimbaud et Verlaine.
M E R C R E D I 7 J A N V I E R 2 0 1 5 ! ! ! ! ! ! ? ? ? ? ? ?
CHARLIE HEBDO
J E U D I 8 J A N V I E R à m i d i : R e c u e i l l e m e n t .
Minute de silence en hommage aux victimes devant nos mairies.
S A M E D I 1 0 J A N V I E R , 14 h 30 . D e u i l .
A Recloses, Seine-et-Marne, où il habitait, hommage est rendu à Frédéric
Boisseau, 42 ans, agent de maintenance de la Sodexo, première victime de la
barbarie au siège de Charlie Hebdo.
D I M A N C H E 1 1 J A N V I E R , 15 h.
PARIS : humour et chagrin mêlés.
L'Europe, à laquelle se joignent d'autres pays du monde, est solidaire de la France en ce 11 janvier 2014
Humour d'un publiciste, tonalité Charlie, bd des Filles du Calvaire
14h45. Passé le Cirque d'Hiver, longue attente près du 42 boulevard du Temple. Là vécut un temps Gustave Flaubert.
Au même endroit, la grande fresque. Auteur ?
LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ
RIRE . DESSINER . SEX ' PRIMER . Au fond, la Bourse du Travail.
Crayon, Cœur et C . . . . . . . C'est "l'esprit" Charlie ! (voir ci-dessous)
AUX LECTEURS Amis lecteurs, qui ce livre lisez, Despouillez-vous de toute affection, Et, le lisant,, ne vous scandalisez; Il ne contient mal ne infection. Vray est qu'icy peu de perfection Vous apprendrez, sinon en cas de rire *; Aultre argument ** ne peut mon cueur élire, Voyant le dueil qui vous mine et consomme; Mieux est de ris que de larmes escripre, Pour ce que rire est le propre de l'homme.
Voir ci-contre . . .
"HOMMAGE AUX 17 VICTIMES . VOUS ÊTES DANS NOS CŒURS"
Sous le regard de Marilyn.
" ... tous ensemble, tous debout. "
"LIBERTÉ. LIBERTÉ. LIBERTÉ..., scande cette femme.
A 16h, nous accédons à la place de la République.
Qui dira que l'humour niais pas présent dans cet hommage ?
Sur le clavier, parmi les couleurs, s'écrit ton nom.
Descartes : prénom, Charlie
. . . signé Les Inconnus in "Jésus II, le Retour".
" Place de la liberté d'expression " VOLTAIRE
A 17 h. nous empruntons le boulevard Voltaire.
C H A R B
"L'AMOUR PLUS FORT QUE LA HAINE"
"Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui J’écris ton nom . . . "
et maintenant ?
L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t’endormais-tu, le coude sur la table ?
Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.
Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C’est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.
Midi sonne. J’ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors ! L’espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !
Paul Verlaine, Sagesse (1881). L. de P. n°1116 p.136
. . . et puisqu'on dit qu'en France tout termine par des chansons, un chant d'amour et de résistance :
Ma France
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson, ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche, ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre, ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille, ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe, ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs, ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain, ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles, ma France. Jean Ferrat, paroles et musique.