Affichage des articles dont le libellé est soleil. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est soleil. Afficher tous les articles

mardi 24 mars 2026



Palerme, Sicile, 2008.©MP

  

 Un temps de loup

 

Il m'est échu d'être ce poète

Héritier d'Arthur Rimbaud

Et des trésors d'Apollinaire

Hirondelle au parcours piqué de cauchemars

J'invite les femmes à l'aube des temps meilleurs

Je convoie leur orgasme à l'aube des temps solaires

Mes mains sont des outils d'un âge de tendresse

Qui ne fait pas de quartier au fils de famille

 

Demain en lieu et place de ce temps de loup

Chacun pourra être roi de ses racines

Chacun règnera au soleil de ses neurones

Tous ensemble sur la terre on mettra

L'existence et ses folies enfin à l'endroit

 

René Depestre, in Anthologie de poésie haïtienne contemporaine, Points (2015), p.15 

                    

                                                                                                                                                     Palerme, Sicile, 2008.©MP
 

jeudi 19 mars 2026

                                                                                                                                                        ph. Chaumont-sur-Loire, 2007.©MP
 
 
 Le soleil est trop seul

 

il y a

la mer à consoler

les grains de sable à comptabiliser

l'avenir à apprivoiser

 

il y a

les sources à recréer 

les rivières à ressusciter

les enfants à qui demander pardon

la vérité à leur apprendre

les souffrances à dissiper

les hommes  à réconcilier

les richesses à rendre utiles

le bonheur à propager

la paix à réhabiliter

la mort à mettre à pied

 

il y a

l'île et la vie à rendre belles

 

Jean Armoce Dugé, Anthologie de poésie haïtienne contemporaine, Points (2015), p.256

 

Note biographique (p.545) :  Jean Armoce Dugé est né en 1964 à Maniche (Haïti). Il est professeur, animateur, auteur d'articles sur la littérature, la culture et l'histoire. Il est l'auteur de plusieurs recueils de poésie.

Lien : https://www.potomitan.info/duge/index.php

 

lundi 9 novembre 2015

Plaisirs de novembre : sous les feux des chrysanthèmes



  


   "Odette avait maintenant, dans son salon, au commencement de l'hiver, des chrysanthèmes énormes et d'une variété de couleurs comme Swann jadis n'eût pu en voir chez elle. Mon admiration pour eux – quand j'allais faire à Mme Swann une de ces tristes visites où, lui ayant, de par mon chagrin, je lui retrouvais toute sa mystérieuse poésie de mère de cette Gilberte à qui elle dirait le lendemain : « Ton ami m'a fait une visite » – venait sans doute de ce que, rose-pâles comme la soie Louis XV de ses fauteuils, blancs de neige comme sa robe de chambre en crêpe de Chine, ou d'un rouge métallique comme son samovar, ils superposaient à celle du salon une décoration supplémentaire, d'un coloris aussi riche, aussi raffiné, mais vivante et qui ne durerait que quelques jours. Mais j'étais touché par ce que ces chrysanthèmes avaient moins d'éphémère que de relativement durable par rapport à ces tons, aussi roses ou aussi cuivrés, que le soleil couché exalte si somptueusement dans la brume des fins d'après-midi de novembre, et qu'après les avoir aperçus avant que j'entrasse chez Mme Swann, s'éteignant dans le ciel, je retrouvais prolongés, transposés dans la palette enflammée des fleurs. Comme des feux arrachés par un grand coloriste à l'instabilité de l'atmosphère et du soleil, afin qu'ils vinssent orner une demeure humaine, ils m'invitaient, ces chrysanthèmes, et malgré toute ma tristesse, à goûter avidement pendant cette heure du thé les plaisirs si courts de novembre dont ils faisaient flamboyer près de moi la splendeur intime et mystérieuse."
   Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. I, éd.1954, p.595-596   


                                     



Photo : Rising sun, néons, œuvre de Mark Handforth. Exposition « Joie de vivre », Palais des Beaux-Arts, Lille, 26 septembre – 17 janvier 2016.

Musique : Miles Davis, Autumn leaves (J. Prévert - J. Kosma) : https://www.youtube.com/watch?v=dsp5OASh7bg
Version de 1958 selon les références Youtube. Dans ce cas les interprètes en seraient : Julian "Cannonball" Adderley (alto sax.), en compagnie de Hank Jones (p), Art Blakey (drs), Sam Jones (b) et Miles Davis à la trompette, co-leader de la session, album enregistré pour Blue Note en mars 1958. 
   
Liens :
   ¤   œuvres de Mark Handforth : https://www.artsy.net/artist/mark-handforth
   ¤   Miles Davis : https://fr.wikipedia.org/wiki/Miles_Davis
   ¤   à propos de  Joseph Kosma : http://encinematheque.fr/tech/T07/index.asp

mercredi 1 avril 2015

BANANES-SOLEIL à Lisbonne


             


   Jour de pluie

   L’air est d’un jaune voilé, comme un jaune pâle vu à travers un blanc sale. C’est à peine s’il y a du jaune dans la grisaille de l’air. La pâleur de ce gris, pourtant, recèle un peu de jaune dans sa tristesse.

   Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, éd. intégrale, trad. Françoise Laye. Christian Bourgois éd., 1999, § 189, p. 207.                                                    









   


   Je me contente, finalement, de bien peu de chose : voir cesser la pluie et briller le bon soleil de notre Sud béni, voir des bananes d’un jaune vif, contrastant avec leurs taches brunes, et les gens qui les vendent grâce à leur verbiage – les trottoirs de la rue da Prata ; le Tage, tout au bout, d’un bleu verdi d’or, tout ce petit coin familier du système de l’Univers.

   Fernando Pessoa , ibid. § 170,  p.190 









 
  Je pourrais consacrer solennellement cette heure en achetant des bananes, car on dirait qu’en elles s’est projeté le soleil tout entier, comme un photophore sans appareil. Mais j’ai honte des rituels, des symboles, honte aussi d’acheter quelque chose dans la rue. On pourrait ne pas bien empaqueter mes bananes, ne pas me les vendre comme on doit les vendre, parce que je ne saurais pas les acheter comme on doit les acheter. On pourrait trouver ma voix bizarre, quand je demanderais le prix. Mieux vaut écrire que risquer de vivre, même si vivre se réduit à acheter des bananes au soleil, aussi longtemps que dure le soleil et qu’il y a des bananes à vendre.  
Plus tard peut-être… Oui, plus tard… Un autre, peut-être… Je ne sais…                                                             
   Fernando Pessoa, ibid § 170, pp.190-191.




                                                                                                                                                                       
En complément musical en ce 1er avril : Avril au Portugal (chanson sentimentale)





Précisions:
  - Photo 1 : Trait (sur rouge), Stroke (on Red), Strich (auf Rot), 1980. Huile sur toile, coll. part. 
    Vue à travers Double panneau de verre, Double Pane of Glass, Doppelglasscheibe, 1977, verre, fer, peint en gris d'un  côté. Coll. Musée dép. d'art contemporain, Rochechouart. Exposition Gerhard Richter, Centre Pompidou le 22/09/2012.         
 - Avril au Portugal. Chanson écrite à l'origine par José Galhardo (paroles) et Raul Ferrão (musique)
   Paroles françaises et interprétation : Yvette Giraud
   On peut lire en ligne un article d' du 05/08/2006 (Télérama n° 2951). Il offre une large information sur le succès de cette chanson, intitulée initialement du nom de la ville universitaire de Coimbra, et qui eut quelque 200 versions enregistrées depuis 1947 après avoir été popularisée par Amalia Rodrigues.