jeudi 23 mars 2017

Les oeufs dangereux

   Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.
   Montaigne *


Frise de l'Iliade et de la guerre de Troie. Pompéi.

  • Gulliver’s Travels by Jonathan Swift  Part One: A Voyage to Lilliput: Chapter 4

   [..] our histories of six thousand moons make no mention of any other regions than the two great empires of Lilliput and Blefuscu. Which two mighty powers have, as I was going to tell you, been engaged in a most obstinate war for six–and–thirty moons past. It began upon the following occasion. It is allowed on all hands, that the primitive way of breaking eggs, before we eat them, was upon the larger end; but his present majesty's grandfather, while he was a boy, going to eat an egg, and breaking it according to the ancient practice, happened to cut one of his fingers. Whereupon the emperor his father published an edict, commanding all his subjects, upon great penalties, to break the smaller end of their eggs. The people so highly resented this law, that our histories tell us, there have been six rebellions raised on that account; wherein one emperor lost his life, and another his crown. These civil commotions were constantly fomented by the monarchs of Blefuscu; and when they were quelled, the exiles always fled for refuge to that empire. It is computed that eleven thousand persons have at several times suffered death, rather than submit to break their eggs at the smaller end. Many hundred large volumes have been published upon this controversy: but the books of the Big–endians have been long forbidden, and the whole party rendered incapable by law of holding employments.



   [...] nos annales, qui portent sur plus de six mille lunes, ne parlent jamais d’aucun autre pays au monde que des deux grands Empires de Lilliput et de Blefuscu ... J'en reviens donc à ce que j’allais vous dire : ces deux formidables puissances se trouvent engagées depuis trente-six lunes dans une guerre à mort, et voici quelle en fut l'occasion. Chacun sait qu'à l'origine, pour manger un œuf à la coque, on le cassait par le gros bout. Or il advint que l’aïeul de notre Empereur actuel, étant enfant, voulut  manger un œuf en le cassant de la façon traditionnelle et se fit une entaille au doigt. Sur quoi l’Empereur son père publia un édit ordonnant à tous ses sujets, sous peine des sanctions les plus graves, de casser leurs œufs par le petit bout. Cette loi fut si impopulaire, disent nos historiens qu'elle provoqua six révoltes, dans lesquelles un de nos Empereurs perdit la vie, un autre sa couronne. Ces soulèvements avaient chaque fois l'appui des souverains de Blefuscu et, lorsqu'ils étaient écrasés, les exilés trouvaient toujours un refuge dans ce ce Royaume. On estime à onze mille au total le nombre de ceux qui ont préféré mourir plutôt que de céder et de casser leurs œufs par le petit bout. On a publié sur cette question plusieurs centaines de gros volumes; mais les livres des Gros-Boutiens sont depuis longtemps interdits, et les membres de la secte écartés par une loi de tous les emplis publics.

   Jonathan Swift, Voyages de Gulliver, 1ière  partie, Voyage à Lilliput, trad. J. Pons, Gallimard Folio p.19-20   
  



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Références :
     * Montaigne, Les Essais (éd.de 1595), chap. XXX, "Des Cannibales", Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 2007, p.211
PhotoFrise de l'Iliade et de la guerre de Troie. Maison de D. Octavius Quartio.Pompéi (ph.pers.)
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