mercredi 17 septembre 2025

 


                   L'Homme qui n'y comprend rien.

Telle chose vient 

telle autre se passe

telle autre s’en va.

Ne trouvez-vous pas

qu’on n’y comprend rien ?

 

Bien souvent les hommes

se trouvent mêlés

à leur propre vie

sans avoir compris

ce qui s’est passé.

 

Tenez une histoire

pas très compliquée

pourtant quel mystère !

J’étais sur le quai,

elle dans le train ;

le train est parti,

et je suis resté

debout sur le quai ;

Jamais depuis lors

je ne l’ai revue

je n’ai rien compris

                                                          Que s’est-il passé ? 

                                                          Que s’est-il passé ?


                   Jean Tardieu, in recueil Le fleuve caché, p.172, Poésie/Gallimard 

 

Photo : Le Puy de Dôme, 2021 ©MP 


 

 

jeudi 11 septembre 2025

 

 


                                 

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
 

Charles Baudelaire. 

lundi 18 novembre 2019

Le rideau déchiré



                        


                                   RIDEAU



Par une déchirure du rideau en papier,
il vit un théâtre profond, obscur et vide. Alors
il entra, revêtu de son costume, sur la scène illuminée
et tira le rideau lui-même. C’était là
en tout et pour tout son rôle. De la galerie
tomba le marteau de l’électricien. Et soudain
les poulies remontèrent la forêt en papier,
le palais en papier et les deux réverbères.
Seule la fausse lune, énorme, resta en place.
                                                               Samos, 26.IX.71

                  Yannis Ritsos, Le mur dans le miroir et autres poèmes, trad. D. Grandmont, Poésie/Gallimard, p.89


§ § § 

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                  https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A1nnis_R%C3%ADtsos