samedi 16 mai 2026

   

 


Déjà les ouvriers avaient pris leurs piquets sur leurs épaules et se dirigeaient vers l'emplacement. Seul le grand gaillard demeurait là. Il se pencha, froissa un brin de lavande, porta son pouce et son index à son nez et aspira le parfum. A la vue de ce geste, Laura oublia les beaux arbres. Elle était étonnée  de ce qu'il aimât des choses pareilles, le parfum de la lavande. Combien d'hommes de sa connaissance auraient touché la fleur? "Oh! pensa-t-elle, c'est extraordinaire ce que les ouvriers sont gentils." Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir des ouvriers pour amis, au lieu de ces jeunes gens stupides qu dansaient avec elle  et venaient souper le dimanche soir? Elle s'entendait beaucoup mieux avec des hommes comme ceux-là.

Katherine Mansfield, La garden-party, in La garden-party et autres nouvelles, trad. Marthe Duproix, Livre de Poche n°156 (1959). p.71-72.

 

 
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